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Artiste: Rembrandt van Rijn (Leyde 1606 – 1669 Amsterdam)
Date: 1636
Technique: eau-forte
Dimensions: 10,5 x 9,4 cm
Catalogue raisonné: New Hollstein (Hinterding et Rutgers) 158 ii/iii; Nowell-Usticke 19 iii/iv ; Bartsch 19
Provenance: collection privée italienne (Milan)
Filigrane: fragment (?)
Excellente impression, claire et délicate, de la fin du XVIIIe siècle sur un papier vergé contre-collé sur un papier vélin plus épais (il a été impossible de décoller l’eau-forte de son support).
Il y a dans cette planche de nombreux fils à délier. L’importance de ce petit portrait de Rembrandt avec Saskia est autant iconographique qu’historique et sociologique. La planche inaugure d’abord un cycle d’autoportraits que Rembrandt grave à la fin des années 1630. Mais il s’agit-là du seul de l’ensemble de ses 28 autoportraits gravés tout au long de sa vie à ne pas le figurer seul mais avec son épouse, Saskia, deux ans après leur mariage de 1634.
C’est à la fois le portrait d’un peintre accompli et reconnu grâce à la maîtrise de son art – de portraitiste autant que de graveur – mais c’est aussi l’image d’un peintre transfuge social, enjambant de nombreuses strates de la hiérarchie sociale de la société hollandaise du Siècle d’Or grâce, précisément, à son mariage avec Saskia van Uylenburgh. Cette reconnaissance sociale et ce prestige artistique sont ici mis en scène d’une manière intime dans un espace qui n’est pas celui de la représentation théâtrale mais plutôt d’une arrière-scène – espace intime de la cuisine où les jeunes époux se retrouvent le soir tout à leurs travaux. Pour autant, le souci de la mise en scène n’a pas disparu et l’esthétique anachronique des vêtements que l’un et l’autre portent les arrache de leur quotidien pour les situer au cœur du seizième siècle et les représente donc aussi comme des acteurs d’un autre temps aux yeux de leurs contemporains.
There is little debate about the interpretation of the subject. In sixteenth- and seventeenth-century art literature, love as a source of artistic creativity was a familiar theme, sometimes summed up in the motto ‘Love gives birth to art’, and this double portrait certainly fits in this context. There has been much more discussion about the question as to how Rembrandt added his wife’s likeness to the image. It is almost always assumed that he portrayed both himself and Saskia in a mirror to keep the fall of the light consistent. What is less clear is the order in which the figures were put on the plate. Rembrandt’s likeness is more heavily etched than Saskia’s, which suggests that the etching was done in two stages. It is quite possible that the artist’s wife was etched first. The two figures just overlap, because at a late stage Rembrandt rendered his right arm further to the left, over the figure of Saskia. It would therefore seem probable that he added his own portrait to the image.
Erik Hinterding, Rembrandt etchings from the Frits Lugt Collection. Catalogue raisonné, Paris, Fondation Custodia, Bussum, Thoth, 2008, p. 56.
